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Le legs bibliographique d’Alain Peyrefitte est considérable, tant par sa dimension pléthorique que par sa cohérence. Tout en revêtant de multiples facettes, il est animé par un fil conducteur qui en fait une œuvre, mieux, un héritage, celui d’un intellectuel en politique. Son élection à l’Académie française en 1977 couronne l’implication opiniâtre d’un écrivain qui mit sa plume avisée au service d’une meilleure compréhension du temps présent et même de celui à venir. Fort de l’expérience du terrain, l’homme d’action a nourri l’inspiration de l’homme de lettre. Cette alliance entre théorie et pratique lui conféra une vision transversale, propre aux grands hommes d’État, qui fut la matière première de sa construction littéraire : un édifice aux fondements solides qui se hisse aujourd’hui encore comme l’un des phares de la pensée française au 20ème siècle.

Pourtant, la première incursion d’Alain Peyrefitte dans le monde des lettres ne saurait préfigurer à son terrain de prédilection, c’est-à-dire, l’essai. Qualifié par l’auteur lui-même d’ « erreur de jeunesse », Les Roseaux froissés est un roman narrant, sous forme d’un poème en prose, les amours juvéniles de deux adolescents tramés dans une quête existentielle à fleur de peau. C’est avec Le Mythe de Pénélope qu’Alain Peyrefitte fait reluire, à seulement 21 ans, son don inné pour l’essai. Le thème de la confiance, clef de voûte de son parcours intellectuel, est abordé en réponse au Mythe de Sisyphe d’Albert Camus, et est défini d’emblée comme la loi cachée de la condition humaine.

C’est en 1973, que la carrière littéraire d’Alain Peyrefitte défraye la chronique en délivrant, ce que l’on pourrait qualifier aujourd’hui, un classique aux accents prophétiques : Quand la Chine s’éveillera…Le monde tremblera. Vendu à environ 2 millions d’exemplaires, l’ouvrage expose l’analyse d’un visionnaire attentif aux mutations de l’Empire du milieu et de ses conséquences pour le monde entier.

Trois ans après, Alain Peyrefitte bouleverse à nouveau le paysage intellectuel avec son deuxième livre phare : Le Mal français. Considéré comme une référence incontournable de la pensée politique, Le Mal français est l’occasion pour l’auteur d’ausculter la société hexagonale et de dresser un diagnostic approfondi des effets de la centralisation à outrance. Alain Peyrefitte s’attache à montrer que ce « cancer administratif » est enraciné dans une tradition institutionnelle qui remonte à la construction politique de la France, c’est-à-dire le règne capétien.

Durant l’ère mitterrandienne, Alain Peyrefitte poursuit son cheminement intellectuel avec une hauteur propice aux réflexions les plus abouties. Sortant du carcan des luttes partisanes, il met néanmoins le président socialiste face à ses contradictions avec deux livres successifs, Quand la rose se fanera et la lettre ouverte, Encore un effort, Monsieur le président. Son gaullisme spontané de l’initiation politique s’enrichit alors de l’épreuve du temps et d’un empirisme judicieux pour regarder l’avenir dans l’intérêt de la France et non pas dans la poursuite de chimères idéologique flatteuses à l’oreille des français. Alain Peyrefitte met son érudition au service d’une traque implacable des idées reçus qui parasitent la vie politique et le bon fonctionnement de la démocratie.

Son regard éclairé sur la société française se ressource à la lumière de l’évolution des autres pays que sa carrière initiale de diplomate a pu lui inspirer. C’est aussi en cela qu’Alain Peyrefitte est profondément Gaulliste, il considère la France sous le prisme des enjeux internationaux sans trahir les aspirations séculaires de ce peuple si complexe. Son œuvre illustre à merveille cet adage, gouverner c’est prévoir. Alain Peyrefitte a gouverné et prévu.

Échelonnés sur six ans, les trois tomes du titanesque C’était de Gaulle font ressurgir les points saillants de cette pensée à partir des notes qu’Alain Peyrefitte a prises au cours des quelques 300 entretiens en tête-à-tête avec le Général.

Avec La Société de confiance, livre édité en 1995, Alain Peyrefitte boucle avec maestria l’œuvre de sa vie : démontrer que les sociétés humaines ont besoin de ce facteur immatériel pour assurer la pérennité de leur développement, mais que celui-ci ne saurait prendre racine sans des bases saines. Une confiance réciproque, en somme.